Le tourisme rural et durable : définition, fonctionnement et challenges au nord du Pérou

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Le tourisme responsable, rural et  durable : définition, fonctionnement et challenges au nord du Pérou

Installés à Chachapoyas au nord du Pérou depuis bientôt 3 ans maintenant, nous avons pu rencontrer les communautés de la région Amazonas en faisant partie de la Plateforme du Tourisme rural. Nous avons pu ainsi voir tous les efforts que font les habitants pour se préparer à une venue plus conséquente de touristes. C’est pourquoi il nous tient à cœur de parler du tourisme responsable, rural et durable, son développement et son avenir dans le nord du Pérou.

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Le tourisme responsable, rural et durable, qu’est-ce que c’est ?

Une définition générale du tourisme rural

Avant tout, le tourisme rural est une forme de tourisme qui cherche à s’écarter des sentiers battus et des flots du tourisme de masse. En cela, c’est surtout une forme de tourisme alternatif. De plus en plus de personnes font ce choix par volonté de vivre une expérience unique et authentique.

Le tourisme rural est aussi souvent associé au tourisme vert. Quand on sait que de plus en plus de personnes voyagent dans le monde, engendrant ainsi un impact écologique non négligeable, on comprend que cette pratique touristique plus responsable est nécessaire et rencontre du succès.

On peut aussi parler d’agrotourisme, qui consiste à découvrir la vie à la ferme et tout le savoir-faire ancestral d’un territoire. Bien sûr, il ne s’agit pas seulement d’apprendre à traire une vache. Faire le choix du tourisme rural c’est découvrir un lieu à travers ses traditions, sa gastronomie et ses réalités sociales.

 

La définition des Stratégies du Tourisme et développement rural, publiée en 1994

Le tourisme rural est une activité complexe aux multiples facettes : ce n’est pas uniquement un tourisme fondé sur la ferme. Il comprend des vacances à la ferme mais aussi des vacances de nature sur des thèmes particuliers ainsi que l’éco-tourisme, la marche, l’alpinisme, les randonnées à bicyclette ou à cheval, l’aventure, le sport et le tourisme de santé, la chasse et la pêche, les voyages éducatifs, le tourisme axé sur l’art et le patrimoine et dans certaines régions le tourisme ethnique.

 

La définition de l’OMT, l’Unesco et la Commission Européenne, actualisée en 2004

« Les principes directeurs du développement durable et les pratiques de gestion durable du tourisme sont applicables à toutes les formes de tourisme dans tous les types de destination, y compris au tourisme de masse et aux divers créneaux touristiques. Les principes de durabilité concernent les aspects environnemental, économique et socioculturel du développement du tourisme. Pour garantir sur le long terme la durabilité de ce dernier, il faut parvenir au bon équilibre entre ces trois aspects. »

Toujours selon l’OMT, le tourisme durable doit :

  • « exploiter de façon optimum les ressources de l’environnement qui constituent un élément clé de la mise en valeur touristique, en préservant les processus écologiques essentiels et en aidant à sauvegarder les ressources naturelles et la biodiversité ;
  • respecter l’authenticité socioculturelle des communautés d’accueil, conserver leurs atouts culturels bâti et vivant et leurs valeurs traditionnelles et contribuer à l’entente et à la tolérance interculturelles ;
  • assurer une activité économique viable sur le long terme offrant à toutes les parties prenantes des avantages socioéconomiques équitablement répartis, notamment des emplois stables, des possibilités de bénéfices et des services sociaux pour les communautés d’accueil, et contribuant ainsi à la réduction de la pauvreté. »

 

Notre vision du tourisme responsable

Pour Phima, cette forme de tourisme est avant tout un moyen de reconnecter les populations locales avec les voyageurs. Bien souvent, dans les lieux extrêmement touristiques surtout, le touriste passe en coup de vent. Il vient voir ce musée ou ce site archéologique, mais il ne prend pas le temps de ralentir.

C’est pourquoi nous avons fait le choix de travailler en lien avec des communautés locales. L’association des femmes de Huancas par exemple maintient bien vivante une forme d’artisanat ancien, permettant de perpétuer la tradition et de générer un revenu supplémentaire. On peut même participer à un cours de poterie. Ainsi, votre voyage n’est plus une simple visite, il devient une rencontre !

Nous pensons aussi que le tourisme rural se doit d’être respectueux, tant des habitants locaux que de la nature. Il est donc essentiel pour Phima de collaborer avec des communautés volontaires et motivées pour développer un tourisme responsable. Il s’agit de sensibiliser les habitants sur la préservation de leur environnement pour qu’à leur tour ils transmettent ce savoir aux visiteurs. La communauté de Cuispes, qui est en charge du magnifique site de Yumbilla l’a bien compris. Les guides font tout pour préserver la nature luxuriante et se feront un plaisir de partager leurs connaissances des plantes durant la visite. Et ce ne sont pas les espèces qui manquent !

Ainsi pour nous le tourisme rural est avant tout un tourisme local. Il doit être voulu et maîtrisé par les habitants de la région. C’est aussi une opportunité de rencontres et de partage !

Bien entendu, ces définitions ne se veulent pas exhaustives, nous sommes d’ailleurs heureux d’ouvrir le débat. Tous vos commentaires sont les bienvenus.

Huancas, Chachapoyas tourisme rural et durable

Le fonctionnement du tourisme responsable au nord du Pérou

L’augmentation du tourisme en Amazonas

Des développements techniques

Tout d’abord, l’ouverture des télécabines pour le site phare d’Amazonas, la citadelle de Kuélap, a fait braquer tous les yeux vers la région. Le gouvernement table sur 100 000 visiteurs nationaux et internationaux pour l’année 2017 ce qui représente plus qu’un doublement par rapport à 2015 et ses 40 000 visiteurs.

Les vols commerciaux Lima – Jaen effectués par la compagnie LATAM facilitent la venue dans la région. Jaen se trouve à 4 h de route de Chachapoyas. Ainsi les voyageurs gagneront encore quelques heures sur un vol jusqu’à Tarapoto ou Chiclayo (respectivement 8 h et 10 h en transports publics de Chachapoyas).

Kuelap ruines tourisme rural et durable

La mise en valeur de la région

Mise à part Kuélap, la région Amazonas regorge de sites archéologiques fascinants. Nous avons déjà présenté les Sarcophages de Karajia ou bien les Mausolées de Revash. Tous ces vestiges sont issus de la civilisation des Chachapoya. C’est une culture pré-inca qui vécurent dans la région de 500 après JC à l’arrivée des Espagnols.

La nouvelle direction de la DIRCETUR (Direction Régionale de Commerce Extérieure et Tourisme) a fait un travail remarquable afin de mettre Amazonas sur la carte péruvienne. Des campagnes radio, presse et télévision régionale ont fait découvrir les richesses de la région aux Péruviens.

Sarcophages de Karajia, Amazonas tourisme rural et durable

Le développement touristique

Ces dernières années, le gouvernement régional a expliqué aux villageois quels changements bénéfiques le tourisme rural pourrait apporter à la région – mais ces derniers ne sont pas préparés. Finalement depuis 2016 ont commencé des « formations« . Ce sont des modules d’une journée ou deux pour expliquer aux membres des associations rurales les règles d’hygiène en restauration ou hôtellerie ou bien les règles comptables pour leur association. Toutes ces formations ont été tenues par des consultants venant de Lima qui ne connaissent pas nécessairement la réalité des communautés sur place.

Pour se préparer au tourisme, la DIRCETUR a commencé en 2016 également des réunions mensuelles avec cinq communautés de la région Amazonas. Ceci s’appelait la Plateforme du tourisme rural. Nous avons participé à plusieurs réunions et avons présenté des ateliers sur le tourisme, le service dans les restaurants ou encore le tourisme comme métier d’avenir. Malheureusement les réunions ont été suspendues depuis le printemps 2017.

pêche à Huamanpata tourisme rural et durable

Associations de tourisme au Pérou

Lors des réunions citées précédemment, les communautés ont appris à s’organiser en associations de tourisme. Cela entraîne une démarche administrative pour s’inscrire chez le notaire et avoir des statuts. Il est très important qu’une association soit correctement constituée. C’est seulement ainsi qu’elles peuvent prétendre à des subventions d’Etat dans le cadre de différentes organisations gouvernementales, comme Procompite.

Par contre, il faut savoir qu’il s’agit d’un processus complexe et difficile à accomplir pour les responsables d’associations. La région Amazonas est très vaste. Et c’est à Chachapoyas, la capitale de la région Amazonas, que se font tous les papiers. Sachant que l’administration péruvienne est très tatillonne, c’est donc plutôt un parcours du combattant qui commence.

Une fois l’association constituée, les villageois doivent établir les services qu’ils souhaitent proposer aux voyageurs. Ainsi il y a des communes qui proposent du guidage avec un orientador local vers leur site phare (un site archéologique ou naturel) et font payer un droit d’entrée. D’autres proposent la location de chevaux, des services de restauration ou d’hôtellerie. Un problème récurrent dans les villages est le fait que tout le monde veut participer aux activités et se faire un revenu complémentaire. Il faut bien garder en tête que les communautés ne peuvent pas vivre seulement de l’accueil des voyageurs. Les différentes activités comme guide ou location de cheval sont donc attribuées aux villageois à tour de rôle. Cela permet une distribution de ressources équitable, mais aussi de pouvoir continuer à travailler son champ et s’occuper de ses animaux.

En Amazonas, il y a donc du tourisme rural communautaire, mais pas seulement. Vous trouvez également des initiatives privées de personnes ou familles. Elles cherchent à protéger un écosystème ou à partager la beauté de régions encore éloignées de tout.

on plante des arbres à Huamanpata tourisme rural et durable

A quoi sert votre argent ?

Les revenus que gagne l’association locale servent à :

  • améliorer le chemin d’accès au site archéologique ou naturel
  • faciliter l’accès, par exemple en construisant des ponts
  • payer les villageois qui s’occupent de l’entretien du chemin. Pouvez-vous imaginer combien de temps il faut pour nettoyer le chemin jusqu’à Gocta ? Il faut entre autres couper les branches qui poussent dans le chemin, entretenir les portions du chemin inondées, ramener des pierres, etc.
  • reforester des parcelles qui ont été utilisées pour l’agriculture. Elles seront protégées car elles sont situées sur le territoire de l’association
  • construire une maison d’accueil
  • payer la personne qui vous accueille, vous donne des informations et votre ticket d’entrée
  • imprimer de la publicité pour pouvoir se présenter dans des salons nationaux
  • et cela ne représente pas toutes les dépenses !

Vos paiements au guide ou à la personne qui loue les chevaux ou encore vos dépenses dans les restaurants et hébergements, vont directement à votre hôte.

Chazuta, Amazonie péruvienne tourisme responsable

Challenges et défis du tourisme responsable pour les chambres d’hôte et restaurants

Le tourisme durable et rural nécessite beaucoup de préparation ainsi que des ateliers pour mieux comprendre les besoins du voyageur occidental.

1) Nous souhaitons attirer votre attention sur le fait que les gens qui vous accueillent font beaucoup d‘efforts pour être à la hauteur. Le fait que vous logez chez eux, partagez un moment avec eux, les remplit de fierté. Ils voient mieux pourquoi garder leurs traditions. Malheureusement, celles-ci se perdent avec la jeune génération qui part faire ses études dans les grandes villes.

2) La plupart des personnes impliquées dans les chambres d’hôtes et restaurants ont entre 35 et 50 ans. Ils ont vécu toute leur vie dans leur région. Ils y travaillent leurs terres et espèrent trouver dans le tourisme un revenu complémentaire. Par contre, ils n’ont pas appris les langues étrangères et leur contact avec des étrangers était jusque-là plutôt limité. Mais ils sont les premiers à vouloir apprendre pour pouvoir communiquer.

3) L’aménagement des chambres d’hôtes n’est pas évident. Quand vous vivez à 3 h de la ville la plus proche, vous dépendez du copinage et réseau familial pour installer la salle de bain, l’eau chaude et autres commodités « à l’occidentale ». Ceci est hélas parfois synonyme d’installation médiocre. Les villageois très souvent se lavent toujours avec de l’eau froide. Bien entendu, il n’y a pas de chauffage dans les maisons, même à 3 000 m d’altitude. Pour vraiment rentrer dans la catégorie « Tourisme durable », il faudrait également prendre en compte les besoins d’eau et l’installation des eaux usées, mais ce n’est pas souvent le cas.

4) La nourriture dans les Andes est très différente de ce que vous connaissez. Pour un Péruvien, à chaque repas, il faut du riz et des pommes de terre. Les légumes sont plutôt accessoires ou absents. Bien entendu, les villageois qui vous accueillent ont reçu une formation pour diversifier les plats. Mais les conditions d’éloignement font qu’ils ne peuvent pas vous proposer des ingrédients qu’ils n’ont pas déjà prévus en avance.

5) La réservation de votre chambre ne peut probablement pas se faire par internet. Ou peut-être vous allez envoyer un message par mail, mais personne ne vous répond. Pourquoi ? Parce que la connexion est mauvaise ces derniers jours. Parce qu’il n’y a pas du tout de connexion là où vous souhaitez aller. Ou bien parce qu’il y a une coupure d’électricité. Ce sont là quelques-unes des raisons pourquoi on ne peut pas vous répondre. Et ceci sans que ce soit nécessairement la faute de votre futur hôte.

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