Fonctionnement du tourisme rural

pique-nique au pied de Yumbilla

Un essai d’explication du fonctionnement

du tourisme rural au nord du Pérou

Nous (précisons Philippe et Martina Capel et leurs deux enfants) sommes installés à Chachapoyas au nord du Pérou depuis près de 2 ans maintenant. Nous avons eu beaucoup d’occasions de rencontrer les communautés de la région Amazonas en faisant partie de la Plateforme du Tourisme rural et de voir tous les efforts que font les habitants pour se préparer à une venue plus conséquente de touristes.

Pourquoi une augmentation du tourisme en Amazonas ?

Le projet d’un téléphérique pour monter au monument archéologique phare de la région, la forteresse de Kuélap, était dans les starting blocks depuis une dizaine d’années déjà.  L’année dernière les travaux ont enfin commencé et au jour que je vous écris, le téléphérique (une coopération franco-péruvienne d’ailleurs) devrait entrer en activité en octobre 2016. Le gouvernement table sur 100 000 visiteurs nationaux et internationaux pour l’année 2017 ce qui représente plus qu’un doublement par rapport au 40 000 visiteurs de 2015.

Kuelap ruines

La nouvelle direction de la DIRCETUR (Direction Régionale de Commerce Extérieure et Tourisme) a fait un travail remarquable afin de mettre Amazonas sur la carte péruvienne. Des campagnes radio, presse et télévision régionale ont fait découvrir les richesses de la région aux Péruviens.

Mise à part Kuelap, la région Amazonas regorge de sites archéologiques fascinants. Nous avons déjà présenté les Sarcophages de Karajia ou bien les Mausolées de Revash. Tous ces vestiges sont issus de la civilisation des Chachapoya. C’est une culture pré-inca qui vivait dans la région à partir de 500 après JC et jusqu’à l’arrivée des Espagnols.

L’arrivée des vols

A partir du mois d’octobre il y aura théoriquement des vols commerciaux Lima – Jaen avec la compagnie LATAM. Jaen se trouve à quatre heures de route de Chachapoyas. Ainsi les voyageurs gagneront encore quelques heures par rapport à un vol jusqu’à Tarapoto ou Chiclayo. (Je vous rappelle que c’est respectivement 8 et 10 heures en transports publics de Chachapoyas). Depuis quelques mois, l’aéroport de Chachapoyas reçoit tous les jours des vols de Tarapoto. Ce sont des vols avec un petit avion de 9 personnes afin de mieux connecter Amazonas avec le reste du pays. Ce moyen ne nous semble pas la meilleure possibilité pour des voyageurs internationaux. Le départ des avions dépend en effet de la météo, parfois capricieuse, et n’est pas forcément  non plus très ponctuel.

Sarcophages de Karajia, Amazonas

Mais revenons au développement tourisme.

Durant toutes ces dernières années, le gouvernement régional a expliqué aux villageois quels changements bénéfiques il y aura à travers le tourisme rural pour la région – mais ces derniers ne sont pas préparés. Finalement depuis l’année dernière ont commencé des « Formations« . Ce sont des modules d’une journée ou deux pour expliquer aux membres des associations rurales les règles d’hygiène en restauration ou hôtellerie ou bien les règles comptables de leur association. Toutes ces formations ont été tenues par des consultants venant de Lima et qui ne connaissent pas nécessairement la réalité des communautés sur place.

pêche à Huamanpata

Pour se préparer au tourisme, la DIRCETUR a commencé l’année dernière des réunions mensuelles avec cinq communautés de la région Amazonas. Ceci s’appellait la Plateforme du tourisme rural. Nous avons également participé à plusieurs réunions. Nous avons présenté des ateliers sur le tourisme, le service au restaurant ou encore le tourisme comme un métier d’avenir. Malheureusement les réunions ont été suspendues depuis ce printemps.

Associations de tourisme au Pérou

Dans ces réunions, les communautés ont appris à s’organiser en associations de tourisme. Ceci entraîne une démarche administrative pour s’inscrire chez le notaire et avoir des statuts. Il est très important qu’une association soit correctement constituée. Seulement ainsi peut-elle prétendre à des subventions d’Etat dans le cadre de différentes organisations gouvernementales, p.ex. Procompite.

Par contre, il faut savoir qu’il s’agit d’un processus complexe et difficile à accomplir pour les responsables d’associations. La région Amazonas est très vaste. Et c’est à Chachapoyas, la capitale de la région Amazonas, où se font tous les papiers. Sachant que l’administration péruvienne est très tatillonne, c’est donc plutôt un parcours du combattant qui commence.

on plante des arbres à Huamanpata

Une fois l’association constituée les villageois doivent établir les services qu’ils souhaitent proposer aux voyageurs. Ainsi il y a des communes qui proposent du guidage avec un orientador local vers leur site phare (un site archéologique ou naturel) ainsi qu’un droit d’entrée. D’autres proposent la location de chevaux, des services de restauration ou d’hôtellerie. Un problème récurrent dans les villages est le fait que tout le monde veut pouvoir participer aux activités et se faire un revenu complémentaire. Il faut bien garder en tête que les communautés ne peuvent pas vivre seulement de l’accueil des voyageurs ! Les différentes activités comme guide ou location de cheval sont donc attribuées aux villageois par tour de rôle. Ceci pour avoir une distribution de ressources équitable, mais aussi pour pouvoir continuer à travailler son champs et s’occuper de ses animaux.

Il y a donc le tourisme rural communautaire, mais pas seulement. Vous trouvez également des initiatives privées des personnes ou familles. Elles cherchent à protéger un écosystème ou partager la beauté de régions encore loin de tout.

A quoi sert votre argent ?

Randonnée Gocta, Amazonas, Tourisme rural

Les revenus qui concernent l’association locale servent à

  • saméliorer le chemin d’accès au site archéoloqiue ou naturel
  • faciliter l’accès, par exemple en construisant des ponts
  • payer les villageois qui s’occupent de l’entretien du chemin. (Pouvez-vous vous imaginer combien de temps il faut pour faire le chemin jusqu’à Gocta? Il faut entre autre couper les branches qui poussent dans le chemin. Après la pluie, entretenir les portions du chemin inondées, ramener des pierres etc.?)
  • reforester des parcelles qui ont été utilisées en agriculture. Elles seront protégées car situées sur le territoire de l’association
  • construire une maison d’accueil
  • payer la personne qui vous accueille, vous donne de l’information et votre ticket d’entrée
  • imprimer de la publicité pour pouvoir se présenter dans des salons nationaux
  • et encore plein d’autres dépenses

Votre paiement au guide ou à la personne qui loue les chevaux ou encore dans les restaurants et hostelleries va bien entendu directement à votre hôte.

Fonctionnement du tourisme rural
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